La « reconversion » du MNA (mars-juillet 1962) : entre le succès d’une prophétie et l’échec d’un prophète

Pour les visiteurs du site, je livre en avant-première l’introduction de mon article publié cette année dans l’ouvrage collectif dirigé par Amar Mohand-Amer et Belkacem Benzenine. Ce livre a pour titre Le Maghreb et l’indépendance de l’Algérie dans son édition française (Karthala) et Les indépendances au Maghreb dans son édition algérienne (CRASC). Ce travail est co-édité par l’IRMC.

« Pour nous, militants syndicalistes, le combat ne fait que commencer. La révolution armée se termine, la révolution sociale commence ! Qu’est-ce que la révolution sociale ? La révolution sociale c’est le véritable objectif du Peuple Algérien ! C’est ce pourquoi tous les fils d’Algérie se sont levés contre le colonialisme français ! La révolution sociale c’est le combat pour la liberté dans son pays : la liberté de réunion, la liberté d’expression, la liberté de gagner son pain, et de le manger en paix. Et ce combat, il commence aujourd’hui !! Nous n’avons rien, nous voulons tout !!… » (Abdaoui, meeting de l’USTA à Longwy, 1er mai 1962)

Introduction : l’indépendance perçue par des indépendantistes

Comment s’opère la transition vers l’indépendance pour les membres du Mouvement national algérien (MNA) dont la figure tutélaire est Messali Hadj ? Profondément marquée par la répression coloniale, sa rivalité violente avec le Front de libération nationale (FLN) et la défection de nombreux cadres entre 1954 et 1962, l’organisation messaliste va toutefois opérer une double mutation, à savoir : l’abandon de la violence politique comme moyen d’action et le passage de la revendication indépendantiste à celle de la démocratie.

La période étudiée qui s’étend du cessez-le-feu à la proclamation de l’indépendance (Stora, 2004, 277-281) se caractérise, pour les messalistes, moins par l’échec d’une prophétie (à savoir l’accession de l’Algérie à l’indépendance) que par la disqualification de Messali en tant que prophète1 de ce combat. Par ailleurs, cette disqualification, loin d’être unanime, permet de nous pencher les possibilités de remise en cause du charisme messalien qui se caractérise par sa mixité en étant à la fois indirect (Dobry, 1986, 233) et direct (Weber, 1995, 320-325), en fonction des contextes et des fractions de sa base charismatique.

Dans cet article, on étudiera, dans un premier temps, la réorientation de la propagande messaliste et la résurgence du Parti du peuple algérien (PPA). Dans un second temps, on analysera le démantèlement de l’organisation et les dissensions à son sommet. Sur le plan des sources, la présente étude s’appuie essentiellement sur des documents produits par le MNA (tracts, journaux, correspondance, rapports, etc.), consultés dans les archives de Messali2.

1Jean Lacouture, « Messali Hadj est mort à Paris. Le prophète fourvoyé », Le Monde, 5 juin 1974.

2Déposées au Centre d’études et de recherches sur les mouvements trotskyste et révolutionnaires internationaux (CERMTRI) à Paris et dont j’ai réalisé un inventaire.

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