Intervention de A. Hedjila au 2e congrès de l’USTA

Intervention de A. Hedjila au 2e congrès de l’USTA, texte paru dans La Voix du travailleur algérien, décembre 1959.

A… Hedjila, Alimentation, Région parisienne :

Chères sœurs,

Chers frères,

Chers camarades,

J’ai écouté attentivement toutes les interventions de mes camarades qui se sont succédé à cette tribune. J’ai constaté que le problème de la femme n’a pas pris toute l’ampleur qu’il fallait lui donner et l’importance qu’il fallait lui consacrer. Le rapport moral lui-même en a parlé mais très brièvement et sans toutefois apporter des mesures concrètes en faveur de la femme algérienne et de son émancipation.

Mon intervention va se limiter à la condition de cette femme dans notre pays. C’est là un problème qui constitue le moindre des soucis des intégrationnistes des journées de mai 1958 qui croyaient avoir résolu ce problème par les mascarades du forum et d’avoir fait brûler quelques voiles. Il nous appartient à nous, travailleuses et travailleurs de l’U.S.T.A., de prendre en main cette délicate question, car dans la société moderne, la femme joue un rôle important dans la vie économique et sociale dans tous les pays. La femme algérienne qui a été, durant de longues années, soumise à de rudes épreuves est décidée aujourd’hui à aller de l’avant en écrasant toute résistance et marchant résolument dans la voie de son émancipation.

Nous sommes heureuses, aujourd’hui, de voir l’Algérienne travailler dans les petites industries de transformation qui existent en Algérie ; on les voit comme infirmières dans les hôpitaux, comme couturières dans les ateliers ou dans les manufactures ; quelques-unes sont des sténo-dactylos, des employées dans les P.T.T., des institutrices, des professeurs, etc… Ce sont là des pionnières qui ouvrent la voie à notre société féminine vers d’heureux horizons. Et ceci montre d’une façon édifiante que l’Islam ne s’oppose pas à l’évolution de la femme musulmane et si celle-ci est demeurée cloîtrée dans les coutumes d’un autre âge, cela n’est dû qu’au régime colonial qui, depuis 1830, avec son pacte colonial, entravant l’évolution économique et sociale de notre pays, nous condamnait à patauger dans la misère et les conditions moyenâgeuses, alors qu’il favorisait exclusivement la population européenne en la dotant de tous les bienfaits de la civilisation moderne. Et la coexistence de deux sociétés en Algérie, l’une avancée jouissant du bien-être matériel et culturel, c’est-à-dire l’européenne et l’autre qui est le peuple algérien, se vautrant dans la misère, l’obscurantisme, est bien la caractéristique de ce régime d’égoïsme et d’oppression que l’Algérie subit depuis plus d’un siècle.

Aujourd’hui, l’Algérie entre dans une ère nouvelle et il appartient à l’U.S.T.A. de promouvoir dans le domaine de la femme une politique audacieuse.

Tout d’abord, il faut remédier à la situation injuste que mes sœurs subissent dans le domaine du travail. Ainsi, il est des milliers de femmes musulmanes qui, dans les villes et même dans les villages, font du ménage ou de l’entretien, soit dans les administrations, soit chez des particuliers. Ces femmes qui travaillent régulièrement durant toute l’année, ne bénéficient que du salaire horaire qu’on veut bien leur accorder. Il est indispensable qu’une réforme institue un statut s’inspirant de celui existant en France, sauvegardant à la fois les droits légitimes et la dignité de ces travailleuses qui, actuellement, sont sans défense.

N’est-il pas, en effet, scandaleux de voir par exemple à la Délégation Générale, aux bureaux centraux des Chemins de Fer Algériens et dans d’autres administrations à Alger et dans toute l’Algérie, des milliers de musulmanes dont la plupart sont veuves ayant à leur charge des enfants, recevoir des salaires horaires de misère et ne bénéficiant ni des allocations familiales, ni des autres avantages sociaux alors que leurs cheferesses, qui sont évidemment Françaises, sont considérées comme des fonctionnaires, rétribuées au mois et bénéficiant de tous les avantages.

Voilà à peu près, chers camarades, notre situation lamentable. Je ne vous demande pas de compatir à notre sort, mais de nous aider à dégager en commun les perspectives d’avenir et de tracer une ligne définitive qui doit, certainement, nous conduire vers des lendemains heureux.

Vive la femme algérienne pour l’émancipation et la liberté.

Vive l’U.S.T.A.

Vive l’Algérie.

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