Lettre au directeur du « Monde »

Lettre d’Yves Dechézelles parue intégralement dans Informations ouvrières, n°661, 12-19 juin 1974, et partiellement dans Le Monde, 19 juin 1974.

4 juin 1974

Monsieur le Directeur,

Permettez à l’avocat et à l’ami fidèle de Messali Hadj d’apporter immédiatement une rectification à l’article que lui consacre Jean Lacouture dans « le Monde » du 5 juin.

L’heure n’est pas pour moi de revenir sur le long combat mené par Messali Hadj pour l’indépendance de l’Algérie. Mais certaines inexactitudes ont une résonance qui porte atteinte en profondeur à la personnalité de l’homme et du militant.

Comment Jean Lacouture a-t-il pu écrire que le leader de l’Etoile Nord-Africaine fut séduit par les satellites du National Socialisme et notamment par le Parti populaire français et comment peut-il se demander si Messali Hadj aurait pu s’arracher à ce compromettant patronage si la police n’avait interdit en 1937 le PPA au lendemain du fameux meeting du stade d’Alger ?

Messali Hadj, aussi bien que les travailleurs algériens qui militants sous la bannière de l’Etoile Nord-Africaine, puis du PPA, ont apporté leur participation et leur soutien actif aux manifestations et aux grèves qui ont marqué la période du Front populaire. Il est vrai que l’objectif de Messali Hadj était déjà l’indépendance de l’Algérie.

Pour cette raison, c’est avec les syndicalistes révolutionnaires, les trotskystes et, à l’intérieur du Parti socialiste, avec la gauche révolutionnaire, que Messali Hadj noua les liens les plus étroits.

Je ne suppose pas que Jean Lacouture ait pu déduire de ces liens une quelconque attraction vers le National Socialisme.

C’est en raison de son combat pour l’indépendance de l’Algérie que Messali était arrêté à Alger en 1937, qu’il était condamné en 1941 par un tribunal militaire de Vichy à seize ans de travaux forcés, qu’après le débarquement allié il connaissait la déportation dans le Sud Algérien, puis au Congo et en France les résidences forcées jusqu’en 1962.

Je me garderai volontairement de toute polémique sur la période qui a directement précédé et sur celle qui a suivi le 1er novembre 1954.

Ayant défendu, à la demande de Messali Hadj, des centaines de nationalistes algériens, à commencer par ceux de l’OS, je puis attester, en tout cas, qu’il est toujours demeuré fidèle à ses objectifs initiaux, et qu’au moment de la courte interruption des négociations d’Evian, il a refusé net le rôle qu’on lui offrait de jouer.

Après 1962, Messali Hadj, veuf depuis longtemps, s’était retiré à Lamorlaye où il vivait seul avec son fils dans un modeste pavillon de trois pièces.

Le vieil homme suivait toujours avec une attention passionnée le déroulement des événements à travers le monde, bien que le sort l’ait placé si loin du pouvoir.

Mais de la grandeur de ses luttes et de ses épreuves, il avait tiré la philosophie. A la bonhomie malicieuse, au détachement ironique dont parle Lacouture, il savait ajouter pour quelques-uns de ses visiteurs le sourire confiant et complice de l’amitié.

Je vous prie de croire, Monsieur le Directeur, à l’assurance de ma considération distinguée.

P.-S. – J’adresse, bien entendu, copie de la présence lettre à M. Jean Lacouture.

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