Lettre ouverte adressée par le MNA aux députés lors du débat sur l’Algérie

Lettre parue dans La Voix du peuple, n°27 [novembre 1956] et diffusée sous forme de tract.

Monsieur le député,

L’Assemblée Nationale Française aura à débattre d’une très grave situation politique dominée par la guerre d’Algérie et les récents événements du canal de Suez. La paix a été sérieusement menacée et le monde a failli être entraîné dans un conflit dont les conséquences auraient été imprévisibles.

Le Mouvement National Algérien, porte-parole du peuple algérien, vous précise une fois de plus sa position à l’égard de l’ensemble des problèmes qui assombrissent l’horizon et continuent de menacer la Paix mondiale.

Par son ampleur et par ses incidences sur un grand nombre de problèmes intéressant tant la politique française qu’internationale, la question algérienne se présente comme la question numéro UN. Le gouvernement a beau parler du « succès » de ce qu’il appelle la « pacification », la guerre d’Algérie s’étend et embrase l’ensemble du territoire national. Il est certain que, dès le lendemain de sa déclaration d’investiture, le gouvernement français s’est délibérément écarté de la politique qu’il a défendue lorsqu’il sollicita votre confiance.

Dans sa déclaration d’investiture, le président du gouvernement mettait l’accent sur la nécessité de consulter le peuple algérien sur la solution à apporter au problème algérien.

Il y a eu le 6 février 1956, le rappel de plusieurs centaines de milliers de jeunes Français, l’engloutissement de nombreux milliards et, ne l’oubliez pas, une répression sanglante qui prend de jour en jour l’aspect d’une véritable guerre d’extermination du peuple algérien.

Le gouvernement a essayé de mettre sur pied une politique de force qu’il baptisa « pacification » afin de juguler l’insurrection nationale et d’étouffer, pour un bon moment, les légitimes aspirations du peuple algérien.

Le Proconsul LACOSTE a établi le calendrier de cette « pacification » et a affirmé qu’à la rentrée parlementaire présente le gouvernement serait à même, non pas de négocier une solution pacifique ou de consulter le peuple algérien, mais d’imposer à ce dernier un « statut » dont le fond et la forme, encore inconnus dans les détails, s’inspirent du seul souci de gagner du temps et d’échapper à une condamnation morale de l’O.N.U.

La presse et certains milieux officieux laissent entendre que plusieurs projets de « statuts » sont en gestation et que l’un d’eux prévoit une large décentralisation administrative, la constitution de deux chambres, la formation d’un gouvernement corporatif local dont les attributions se réduiraient à l’étude du budget algérien.

Il n’est question d’aucun attribut de souveraineté algérienne et par conséquent, d’aucune reconnaissance de la Nation Algérienne et de son droit à l’autodétermination. Ainsi le gouvernement utilise des faux-fuyants et demeure déterminé à accentuer sa politique de force.

L’affaire du canal de Suez est venue par la volonté et l’esprit belliqueux du gouvernement français s’imbriquer dans la solution du problème algérien. On accuse l’Égypte de tous les maux dont souffre l’Algérie. On tait ainsi avec dessein l’indomptable volonté de notre peuple de recouvrer par lui-même sa LIBERTE et son INDEPENDANCE.

Tous ceux qui, par calcul politique ou par intérêts non avoués, essaient de fausser les véritables données du problème algérien ne font que multiplier les morts qui ne sont, de quelque côté qu’ils se trouvent, que les innocentes victimes d’un colonialisme impénitent.

Monsieur le Député,

La question algérienne dépasse largement le cadre des affirmations tonitruantes et des projets morts-nés. Elle doit être traitée avec le sérieux et la gravité qui caractérisent les événements.

Le MOUVEMENT NATIONAL ALGERIEN fait appel à toutes les énergies afin que triomphe une solution pacifique.

Met en garde le peuple français contre l’aveuglement politique de ses dirigeants.

Condamne toute manœuvre dilatoire qui tenterait de nier la véritable solution.

Cette dernière réside en la Reconnaissance du Droit imprescriptible du peuple algérien à recouvrer sa souveraineté nationale.

Croyez, Monsieur le Député, à la détermination du peuple algérien de recouvrer son Indépendance.

Paris, le 17 octobre 1956.

Le MOUVEMENT NATIONAL ALGERIEN

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