Notes documentaires sur le problème Algérien

Extraits d’un article paru dans Afrique Informations, n°47, 15-31 janvier 1957.

Aux premiers jours de l’année, de trois éléments principaux paraissait dépendre la solution du problème algérien :

I. – LA DECLARATION d’INTENTIONS du gouvernement français comportant elle-même ses répercussions sur le prochain débat à l’O.N.U. Il s’agissait alors d’un élément inconnu.

II. – LES PERSPECTIVES ET LES REACTIONS DES REBELLES, et des deux organisations nationalistes, F.L.N. et M.N.A. qui en constituent l’expression politique, compte tenu de la rivalité entre les deux organisations.

III. – LES CONSEQUENCES DU REFUS DES FRANÇAIS D’ALGERIE de toute solution qu’ils estiment contraires à leurs intérêts – refus accompagné d’un éventuel recours à la force.

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Il convient aujourd’hui, après les faits nouveaux survenus, d’examiner d’un part les perspectives politiques existantes et d’autre part la situation.

LES DECLARATIONS ET LES PERSPECTIVES POLITIQUES

Aujourd’hui, la déclaration de M. Guy Mollet étant connue – et tant le F.L.N. que le M.N.A. ayant fait connaître leur réaction – il est intéressant d’examiner parallèlement les trois points de vue. (…)

II. – LE MOUVEMENT NATIONAL ALGERIEN. – Au cours d’une conférence faite à Londres le 16 janvier par M. Mohammed Saadoun chef du Service de presse du MNA, les propositions suivantes ont été précisées pour « mettre fin à l’effusion de sang en Algérie » :

« La France doit reconnaitre à la nation algérienne le droit de disposer d’elle-même. Cette reconnaissance est la seule garantie d’un cessez-le-feu. Elle doit être accompagnée des mesures destinées à créer un climat de confiance en Algérie :

« 1). Libération de Messali Hadj, président du MNA, actuellement détenu en France de tous les prisonniers politiques ;

« 2). Restauration de tous les droits démocratiques ;

« 3). Retrait des troupes françaises. »

« Elections libres sous le contrôle des Nations Unies sans distinction de race ou de religion ».

Dans le mémorandum déposé à l’ONU par M. Moulay Merbah, secrétaire général du MNA, il était d’ailleurs précisé ceci :

« … Constituante souveraine algérienne élue au suffrage universel, sans distinction de race ni de religion. Celle-ci permettra à tous les habitants de l’Algérie de s’exprimer librement et démocratiquement, de choisir librement leurs représentants et de déterminer leur avenir politique… »

III. – LE FRONT DE LIBERATION NATIONALE. – Un mémorandum a été remis le 4 janvier au Président de la Commission politique de l’Assemblée  par M. Yazid, délégué au FLN à New-York. En voici l’analyse :

Après avoir affirmé que le F.L.N. est le « seul interlocuteur valable pour de futures négociations avec la France comme représentant de l’armée nationale de libération », et qu’il a été reconnu comme tel par le gouvernement français, qui a mené des négociations avec lui l’année dernière à plusieurs reprises, le mémorandum demande à l’ONU d’intervenir pour de nouvelles négociations, qui se feraient sur la base du « droit de l’Algérie à l’indépendance ». Le mémorandum du FLN précise ensuite qu’il n’acceptera pas de « cessez le feu » s’il n’y a pas un accord préalable sur ce droit à l’indépendance. (…)

_La deuxième remarque est que le F.L.N. conserve la même intransigeance qui l’amène à se poser comme le seul et exclusif représentant de la Résistance algérienne et de la population.

Ceci conduit à s’interroger de nouveau sur l’efficacité d’un cessez-le-feu discuté avec le seul F.L.N. Quelles seraient ses chances de réussite?

Le F.L.N. en viendrait alors à tenter d’exterminer l’organisation politique et militaire du M.N.A., objectif d’ailleurs inscrit à son programme.

Dans une telle éventualité, il n’y aurait en tout cas, du côté français, que trois attitudes possibles : laisser faire le F.L.N., l’empêcher ou bien l’aider.

Pareille conjoncture n’est pas de toutes façons pour faciliter un règlement démocratique et efficace du problème algérien.

Cependant, l’objectivité oblige à signaler qu’actuellement en France, certains intellectuels de gauche se disant très progressistes – et même ce qu’il convient d’appeler certains hommes de gauche – optent pour des raisons d’ailleurs différentes en faveur de l’idée F.L.N. « d’extermination » du M.N.A.

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