Une grève de la faim qui fait date

Article paru dans Nouvelle Gauche, n°21, 11 au 24 février 1957.

En poursuivant pendant 13 jours la grève de la faim pour obtenir le bénéfice du régime politique, les 40 militants du M.N.A. dont nous avons déjà parlé dans ce journal n’ont pas seulement gagné la partie en ce qui les concerne, ils ont aussi suscité un grand mouvement d’unité à la prison de Fresnes, et leur victoire profitera dans l’avenir, à tous ceux, militants algériens et français, qui tomberont sous le coup de l’article 80 (atteinte à la sûreté extérieure de l’état).

Lorsqu’ils commencèrent leur grève, les emprisonnés, ayant à leur tête Mohamed Maroc et Raymond Naït Mazi, avaient fermement décidé que seuls les détenus politiques proprement dit, sur les 200 Nord-Africains enfermés, seraient autorisés à y participer (les autres étant soit des prisonniers de simple droit commun, soit des politiques chargés également d’une inculpation de droit commun telle que coups et blessures). Ils entreprirent leur action, bien résolus à la mener jusqu’au bout, c’est-à-dire, ont-ils déclaré, jusqu’à la mort s’il le fallait. De fait, il avaient jusqu’à deux syncopes par jour à la date où ils devaient passer en jugement et où ils obtinrent satisfaction.

Mais dès le 6e jour tous les autres prisonniers algériens décidèrent une grève de la faim de solidarité de deux jours et l’accomplirent unanimement. Le 7e jour les 2/3 des rappelés emprisonnés à Fresnes firent à leur tour la grève. Enfin, dans les derniers jours, les emprisonnés du F.L.N. entrèrent eux aussi dans le mouvement.

C’est donc dans une vaste unité entre Français et Algériens et entre Algériens des deux tendances que les objectifs furent atteints et que la grève put se terminer.

Désormais, tous ceux qui seront arrêtés au chef de l’article 80 pourront bénéficier de cette victoire. Le régime de détention politique n’est pas nettement défini en France par la loi. Un succès comme celui-ci crée donc un précédent : il « fait jurisprudence » et pourra être invoqué à l’avenir. En luttant pour leur liberté, Mohamed Maroc, Naït Mazi et leurs compagnons se sont battus pour tous les militants ouvriers français persécutés.

Jugés le 31 janvier, Maroc et Naït Mazi ont été condamnés le premier à deux ans, le second à quinze mois de prison…

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